Marc Dubois Psychologue clinicien — Bordeaux, spécialisé dans les addictions numériques de l'enfant et de l'adolescent 11 ans d'expérience en cabinet libéral. Cofondateur de l'association "Grandir Connecté". Il accompagne chaque semaine des enfants de 4 à 16 ans présentant des usages problématiques du numérique, et forme les équipes pédagogiques au repérage des comportements addictifs liés aux écrans. Note éditoriale : cet entretien synthétise les observations de praticiens spécialisés dans la santé numérique de l'enfant en France. Les propos reflètent l'état actuel de la recherche et de la pratique clinique.

Claire Vasseur, journaliste Familles Durables, a rencontré Marc Dubois dans son cabinet du quartier Saint-Michel à Bordeaux. Entre deux consultations, il répond sans détour — pédagogue, parfois provocateur, jamais catastrophiste.


Mesurer l’exposition numérique de son enfant

Claire Vasseur — Marc Dubois, commençons par les chiffres. Où en est-on de la consommation numérique des enfants en France en 2026 ?
Marc Dubois — Je vais vous donner un chiffre qui va vous surprendre. Les enfants de 4 ans passent en moyenne 3 heures par jour devant un écran en France. Pas les adolescents — les enfants de 4 ans. C'est ce que montrent les dernières données de l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique, et c'est une réalité que je constate chaque semaine en consultation.

Pour les enfants de 8 à 12 ans, on monte à 4 à 5 heures par jour si l’on cumule tous les usages : télévision, tablette, console de jeu, smartphone. Et chez les adolescents de 13 à 17 ans, on est parfois à 7 ou 8 heures les week-ends. Ce que les études montrent vraiment, c’est que l’enfant français d’aujourd’hui passe plus de temps devant des écrans qu’à l’école et qu’en interaction avec ses parents — réunis.

Ce n’est pas en soi un désastre. La question n’est pas si l’enfant utilise des écrans, mais comment, combien de temps, et à quel prix pour son développement. C’est pour ça que je préfère parler d’usages problématiques plutôt que d’addiction au sens clinique du terme — qui est, lui, bien plus précis et bien plus rare.

Claire Vasseur — Justement : à partir de quel âge et de combien d'heures peut-on parler d'addiction aux écrans ?
Marc Dubois — La question n'est pas si l'enfant est trop jeune, mais si les critères cliniques sont réunis. On peut observer des comportements addictifs dès 3 ou 4 ans — pas d'addiction au sens neurobiologique complet du terme, mais des patterns de dépendance comportementale qui en partagent les caractéristiques : incapacité à stopper l'usage sans réaction émotionnelle intense, irritabilité immédiate au retrait de l'écran, désintérêt progressif pour toutes les autres activités.

L’addiction clinique à part entière — avec recrutement des circuits dopaminergiques de la récompense comparable à une dépendance chimique — s’installe plus robustement à partir de 6 ou 7 ans. Les circuits cérébraux sont alors suffisamment maturés pour créer une vraie empreinte addictive.

Sur la durée : les recommandations de l’OMS et de la Société française de pédiatrie sont claires. Zéro écran avant 2 ans sauf appels vidéo familiaux. Maximum 30 à 60 minutes par jour entre 2 et 5 ans. Maximum 1h à 1h30 entre 6 et 12 ans, hors usage scolaire. Ce que les études montrent vraiment, c’est qu’au-delà de ces seuils, le risque d’usage problématique augmente de façon non linéaire — c’est-à-dire très rapidement dès que le seuil est franchi de façon habituelle.

Claire Vasseur — Quels sont les signes que mon enfant a développé une dépendance numérique ?
Marc Dubois — J'ai quatre critères que j'utilise systématiquement en consultation pour évaluer si on est face à un usage problématique ou à une vraie dépendance. Ils doivent être présents de façon durable — au moins sur 4 à 6 semaines — et non pas de façon occasionnelle.

Premier critère : l’impossibilité de décrocher sans crise intense et prolongée. L’enfant qui pleure 5 minutes et se calme, c’est normal. Celui qui entre dans une rage incontrôlable qui dure une heure, avec des comportements d’agression verbale ou physique, c’est un signal sérieux.

Deuxième critère : la préférence systématique des écrans sur toutes les autres activités, y compris celles qui lui plaisaient auparavant. L’enfant qui refusait de rejoindre ses amis au parc parce qu’il était sur sa tablette — alors qu’il adorait jouer dehors — c’est un marqueur fort.

Troisième critère : le mensonge ou la dissimulation sur la durée d’utilisation. Un enfant qui cache le temps passé sur les écrans a compris que c’est excessif. C’est une forme de conscience que son usage est hors norme.

Quatrième critère : les effets qui débordent au-delà de l’écran — irritabilité persistante, problèmes de sommeil installés (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes), chute des résultats scolaires. Un seul de ces critères isolé n’est pas suffisant. C’est la combinaison et la durée qui font l’addiction.

Comprendre les mécanismes de l’addiction aux écrans

Claire Vasseur — Pourquoi est-il si difficile pour un enfant de décrocher d'un écran ?
Marc Dubois — La question n'est pas si les écrans sont conçus pour accrocher — ils le sont, délibérément et scientifiquement. La question c'est comment ce design affecte un cerveau en développement, qui est neurobiologiquement beaucoup plus vulnérable qu'un cerveau adulte.

Les contenus numériques — et surtout les plateformes vidéo comme YouTube Kids ou TikTok — utilisent des mécanismes de récompense intermittente. Chaque nouvelle vidéo, chaque notification, chaque “like” déclenche une micro-sécrétion de dopamine. C’est le même principe que les machines à sous : l’incertitude de la récompense crée une compulsion plus forte que la récompense certaine. Le cerveau de l’enfant est particulièrement sensible à ce mécanisme parce que son cortex préfrontal — la zone qui régule les impulsions et évalue les conséquences à long terme — n’est pas encore mature. Il ne le sera complètement qu’autour de 25 ans.

À cela s’ajoute l’IA dans les appareils destinés aux enfants amplifie les mécanismes d’accroche numérique : les algorithmes de recommandation sont devenus extrêmement sophistiqués et peuvent s’adapter en temps réel au profil émotionnel de l’enfant pour maximiser le temps de visionnage. Un enfant triste recevra des contenus calibrés pour le garder dans cet état s’il génère plus d’engagement — pas parce qu’un humain l’a décidé, mais parce que l’algorithme a appris que ça fonctionne.

Enfant de 6-8 ans concentré sur une tablette, parents inquiets en arrière-plan

Claire Vasseur — Les écrans éducatifs existent-ils vraiment ? Peut-on distinguer les "bons" et les "mauvais" usages ?
Marc Dubois — Oui, la distinction existe — mais elle est beaucoup plus nuancée que le marketing des applications "éducatives" ne le laisse entendre. Ce que les études montrent vraiment, c'est que le contenu éducatif n'immunise pas contre les mécanismes addictifs si l'interface reproduit les mêmes patterns d'accroche.

Une application qui gamifie l’apprentissage avec des récompenses fréquentes, des animations vives et des progression-récompenses peut être éducative dans son contenu et addictive dans sa forme. L’enfant apprend quelques mots d’anglais, mais il est aussi conditionné à chercher la prochaine récompense. Ce n’est pas neutre.

Ce que je recommande aux parents : les usages passifs — regarder des vidéos en continu, en mode “autoplay” — sont les plus risqués, même si le contenu est documentaire. Les usages actifs — créer, dessiner, coder, faire de la musique avec un écran — sont moins addictifs parce qu’ils mobilisent l’attention de façon différente. La lecture sur tablette d’un vrai texte littéraire, sans notification ni recommandation algorithmique, est comparable à la lecture sur papier. Et regarder un film en famille avec une discussion après est un usage social qui n’a rien à voir avec un enfant seul dans sa chambre à scroller.

La règle simple que je donne : regardez votre enfant après l’écran, pas seulement pendant. S’il est apaisé, disponible, capable de passer à autre chose facilement — c’est un usage sain. S’il est irritable, absent, difficile à rejoindre — posez des questions.

Claire Vasseur — Les parents qui disent "chez nous il n'y a pas d'écrans" font-ils vraiment mieux ?
Marc Dubois — C'est une question que j'adore parce que la réponse est inconfortable : ni mieux ni moins bien en moyenne, mais différemment exposés à des risques différents.

Les familles à très faible exposition aux écrans à la maison élèvent des enfants moins susceptibles de développer des addictions numériques précoces — c’est documenté. Mais ces enfants peuvent être confrontés à un effet de rebond puissant dès qu’ils ont accès à des écrans hors du foyer : chez des amis, à l’école, en vacances. L’enfant qui n’a jamais appris à réguler son usage parce qu’il n’a jamais eu à le faire peut se retrouver complètement dépassé face à une tablette librement accessible à 8 ou 9 ans.

Ce que je préconise, c’est une approche de médiation progressive : accompagner l’enfant dans la découverte et l’usage des écrans, lui apprendre à les allumer et à les éteindre, à choisir un contenu et à décider d’arrêter. Ces compétences de régulation ne s’acquièrent pas spontanément — elles s’apprennent, comme la gestion de la frustration ou de l’ennui.

L’absence totale d’écrans pendant toute l’enfance peut aussi créer une fascination qui amplifie le risque addictif à l’adolescence, précisément parce que l’objet est chargé d’une forme de tabou.

Poser des limites et agir concrètement

Claire Vasseur — Quelles limites poser concrètement selon l'âge de l'enfant ?
Marc Dubois — Je vais être précis parce que les parents ont besoin de repères clairs, pas de principes généraux. Voici ce que je recommande en consultation, basé sur les données de la recherche et sur mon expérience clinique.

Pour les 0 à 2 ans : aucun écran, sauf les appels vidéo pour maintenir le lien avec des proches éloignés. Le cerveau de cette tranche d’âge ne peut pas traiter les stimulations vidéo de la même façon que les interactions réelles. Ce n’est pas de l’idéologie — c’est de la neurologie.

Pour les 3 à 5 ans : 30 à 60 minutes maximum par jour, avec un contenu choisi avec le parent. Le mot-clé ici est “avec” : ne pas poser l’enfant devant une tablette et partir faire autre chose. Rester présent, au moins partiellement, pour pouvoir commenter, questionner, créer du lien autour du contenu.

Pour les 6 à 9 ans : 1 heure maximum, pas d’écran après 19h. La lumière bleue des écrans perturbe la mélatonine et décale l’horloge biologique. Un enfant de 7 ans qui s’endort à 22h30 parce qu’il a joué à la tablette jusqu’à 21h ne récupère pas suffisamment — et ça se voit dans son comportement le lendemain.

Pour les 10 à 12 ans : 1h30 maximum, pas de téléphone dans la chambre la nuit. La règle de la chambre est non négociable dans mon cabinet : je demande aux parents de charger le téléphone de leur enfant dans une pièce commune.

Pour les 13 à 15 ans : 2 heures maximum avec des pauses régulières, pas d’usage pendant les devoirs. À cet âge, la négociation devient possible et même souhaitable — l’addiction aux écrans est l’un des facteurs aggravants de la santé mentale adolescente quand les règles sont imposées de façon autoritaire sans dialogue.

Ces limites doivent être expliquées, pas seulement imposées. L’enfant qui comprend pourquoi il ne peut pas utiliser son écran après 19h — “parce que ça perturbe ton sommeil, et un mauvais sommeil te rend irritable et moins concentré le lendemain” — est beaucoup plus enclin à accepter la règle qu’un enfant à qui on dit simplement “non”.

Claire Vasseur — Comment gérer la résistance et les crises quand on retire un écran ?
Marc Dubois — C'est le défi opérationnel numéro un que rencontrent les parents. Et la première erreur que je vois systématiquement, c'est de supprimer l'écran au moment de la crise — c'est-à-dire comme punition, de façon abrupte, dans un contexte émotionnel déjà chargé. C'est le pire moment pour retirer un écran parce que l'enfant n'a pas le temps de préparer sa transition.

Ce qui fonctionne, c’est le préavis. “Dans 10 minutes, on arrête.” Puis à 5 minutes : “Tu en es où ? Il te reste 5 minutes.” Ce simple protocole réduit de façon spectaculaire l’intensité des crises de décrochage. Le cerveau de l’enfant a besoin de temps pour préparer la transition.

Deuxième principe : ne jamais négocier sous la pression d’une crise. Si vous avez dit 1 heure et que l’enfant fait une crise pour 30 minutes de plus, céder dans ce moment lui enseigne que la crise est un outil efficace pour obtenir ce qu’il veut. La limite doit être tenue, calmement et fermement.

Troisième principe : remplacer par autre chose d’attractif. “Maintenant on éteint la tablette et tu peux aller dans le jardin” fonctionne mieux que “maintenant on éteint la tablette”. L’enfant a besoin d’une alternative à la stimulation, pas d’un vide.

Pour les cas de dépendance installée où les crises sont vraiment intenses et durables, les expériences adverses précoces augmentent la vulnérabilité aux comportements addictifs — ce que je cherche à évaluer en consultation. Si l’addiction aux écrans est une réponse à une souffrance sous-jacente, la réduire sans traiter la source ne fera que déplacer le symptôme.

Claire Vasseur — Y a-t-il des différences entre filles et garçons dans les addictions numériques ?
Marc Dubois — Oui, et elles sont importantes à connaître pour mieux repérer les signaux d'alerte. Ce que les études montrent vraiment, c'est que les garçons et les filles ne développent pas les mêmes types d'addiction numérique.

Les garçons sont statistiquement plus exposés à l’addiction aux jeux vidéo — online gaming, jeux de rôle multijoueurs, jeux de tir. L’addiction au jeu vidéo chez le garçon de 10 à 14 ans est aujourd’hui reconnue comme un trouble clinique par l’OMS (Gaming Disorder, ICD-11). La question n’est pas si les jeux vidéo sont mauvais en soi — ce n’est pas vrai — mais si l’usage a pris le dessus sur toutes les autres sphères de vie.

Les filles sont davantage exposées aux addictions aux réseaux sociaux — Instagram, TikTok, BeReal — et aux patterns de comparaison sociale qui les accompagnent. L’addiction aux réseaux sociaux chez les adolescentes est associée à une dégradation de l’estime de soi, à des troubles anxieux et à des comportements de validation par les pairs. C’est un usage moins visible que le garçon enfermé dans sa chambre à jouer, mais ses effets sont tout aussi documentés.

Attention cependant à ne pas rigidifier ces catégories : des filles développent des addictions aux jeux vidéo, et des garçons aux réseaux sociaux. Ce sont des tendances statistiques, pas des destins. La vigilance doit s’appliquer à tous, avec un regard affiné sur ces profils différenciés.

Ce qui est commun aux deux : les styles d’attachement influencent la capacité de l’enfant à réguler ses émotions sans les écrans. Un enfant avec un attachement insécure anxieux ou évitant est plus vulnérable à l’addiction numérique, parce que l’écran remplit une fonction régulatrice que les relations humaines ne remplissent pas suffisamment pour lui. C’est une donnée clinique fondamentale que j’intègre systématiquement dans mes évaluations.

Famille autour d'une table de cuisine discutant calmement des règles d'utilisation des écrans

Claire Vasseur — Un message aux parents qui se sentent dépassés par les écrans ?
Marc Dubois — Je vais vous dire ce que je dis à tous les parents qui s'assoient en face de moi avec cette culpabilité dans le regard. Vous n'avez pas raté votre enfant parce qu'il a une tablette. Vous n'êtes pas des parents défaillants parce que vous n'avez pas tenu les recommandations OMS à la lettre pendant une période de votre vie où vous étiez peut-être épuisés, débordés, ou seuls.

La question n’est pas si vous avez fait des erreurs — tout le monde en a fait, et les professionnels de santé aussi, y compris moi. La question, c’est maintenant. Ce que vous pouvez faire aujourd’hui.

Ce qui fonctionne vraiment, ce n’est pas la culpabilité — qui paralyse. C’est la régularité des petites actions : un repas sans écran par jour, un week-end avec une activité physique dehors, une règle simple et tenue dans le temps. Ces petits ajustements, maintenus sur 6 à 8 semaines, produisent des changements observables.

Et si vous sentez que vous êtes dépassés, que les crises de décrochage sont violentes, que votre enfant ne dort plus ou ne va plus à l’école — consultez. L’accompagnement spécialisé pour les jeunes touchés par les addictions numériques existe et fonctionne. Le programme MonPsy, les CMP, les consultations spécialisées : il y a des portes. Ne restez pas seuls avec ce problème.

Ce que j’observe dans ma pratique depuis 11 ans, c’est que les familles qui viennent consulter, quelle que soit la gravité de la situation, sont des familles qui ont décidé que ça valait la peine de se battre pour leur enfant. C’est toujours le bon choix.

Et pour ceux qui veulent aller plus loin, les ressources santé pour les parents qui gèrent des comportements addictifs chez leur enfant permettent de trouver un professionnel de proximité rapidement.


7 idées reçues sur les écrans et les enfants

1. “Les écrans éducatifs ne créent pas d’addiction” FAUX. Le contenu éducatif n’immunise pas contre les mécanismes addictifs si l’interface utilise les mêmes patterns d’accroche que les autres applications : récompenses fréquentes, notifications, progression gamifiée. Un enfant peut développer une dépendance à une application d’apprentissage de la même façon qu’à un jeu vidéo.

2. “Un enfant qui lit sur tablette lit vraiment” VRAI (si contenu littéraire). Lire un roman sur liseuse ou tablette sans notifications ni recommandations algorithmiques est un usage comparable à la lecture sur papier sur le plan cognitif. Ce qui diffère, c’est l’environnement numérique autour : si la tablette de lecture est aussi celle des vidéos et des jeux, la tentation de basculer est permanente.

3. “Les garçons sont plus accros que les filles” PARTIELLEMENT VRAI. Les garçons développent plus souvent des addictions aux jeux vidéo (Gaming Disorder reconnu par l’OMS). Les filles développent plus souvent des addictions aux réseaux sociaux. Les deux sont réelles et documentées. L’erreur est de ne surveiller l’addiction numérique que chez les garçons.

4. “Interdire les écrans crée de la frustration pathologique” FAUX (si progressif). Un sevrage brutal peut en effet générer de l’anxiété et un effet de rebond. Mais une réduction progressive, accompagnée d’alternatives attractives et expliquée à l’enfant, ne crée pas de frustration pathologique. L’enfant peut tout à fait apprendre à vivre sans écran ou avec très peu — si l’apprentissage est graduel et bien accompagné.

5. “Les réseaux sociaux sont plus dangereux que les jeux vidéo” FAUX (dépend de l’usage). Les deux peuvent être toxiques ou relativement neutres selon l’intensité et le contexte d’usage. Les réseaux sociaux sont particulièrement risqués pour l’estime de soi et l’anxiété sociale chez les adolescentes. Les jeux vidéo en ligne multijoueurs sont particulièrement risqués pour l’isolement et le décrochage scolaire chez les garçons. Comparer les deux sans contexte n’a pas de sens clinique.

6. “La dopamine est la seule cause de l’addiction” FAUX. La dopamine joue un rôle central, mais l’addiction numérique chez l’enfant implique des facteurs multiples : vulnérabilité d’attachement, expériences adverses précoces, anxiété sous-jacente non traitée, environnement familial et social, design addictif des plateformes. Réduire l’addiction à la neurochimie permet à certains acteurs numériques de déresponsabiliser leurs choix de conception.

7. “Un enfant calme devant les écrans n’est pas en danger” FAUX. Le calme devant l’écran peut masquer une dissociation — un état de retrait émotionnel qui ressemble superficiellement à de la concentration mais qui correspond en réalité à une anesthésie des émotions. Certains enfants utilisent les écrans précisément pour ne pas ressentir ce qui les fait souffrir. Ce silence apparent est l’un des signaux les plus difficiles à repérer — et l’un des plus sérieux.